THALA NBOUZELATENE

THALA NBOUZELATENE

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Un essai de « télé - enquête à distance » du Pr. Pierre Guichard

Livre sur la poterie modelée du Maghreb

 

Outre Méditerranée, il existe en divers endroits un réel intérêt pour le patrimoine sous toutes ses formes, et des personnes qui y sont sensibles s’attachent à réunir les vestiges matériels que l’on peut encore retrouver. L’exemple de Mohamed Dahmani à Tizi Ouzou le montre bien. Mais ces efforts pour sauver localement ce qui peut l’être sont très dispersés et il n’existe pas toujours, sur place, les moyens d’exploitation des données encore existantes et partiellement collectées. Dans cet esprit, je me permets d’exposer brièvement les premiers résultats, qui ne me semblent pas sans intérêt d’une très brève enquête à distance, menée en une quinzaine de jours depuis Lyon, grâce aux facilités de communication qu’autorise le courrier électronique et surtout à la très efficace collaboration sur place d’un « journaliste amateur » de Sétif s’intéressant ainsi aux objets du passé.

 

Un peu par hasard, j’avais lu de lui un article intitulé « Draa Kébila : poterie et travail de la laine en voie de disparition », publié en ligne le 23 juillet 2011 dans Setif.info, illustré d’une poterie décorée. Le journal contacté en novembre 2012, eut l’obligeance de me donner les coordonnées du signataire de l’article, Rachid Sebbah, qui accepta avec beaucoup d’amabilité l’échange de courriers que je lui proposais. Le manuscrit de ce livre étant pratiquement terminé, j’avais hésité à nouer ce contact. Ce qui suit montrera que je ne peux que me féliciter de l’avoir fait, tant Rachid Sebbah a manifesté de l’intérêt pour ce dialogue d’un bord à l’autre de la Méditerranée et a su en un temps record (moins de trois semaines !), recueillir et mobiliser les informations nécessaires pour qu’il soit possible d’apporter ici de premières données sur les productions d’une région montagneuse du sud de la Petite Kabylie, le Guergour, qui peut être considérée comme un « angle mort » des collections françaises et européennes et sur laquelle il n’existe à ma connaissance aucune publication.

 

Rachid Sebbah est originaire de Draa Kébila, commune de la Daira de Hammam Guergour, et de la localité la plus importante de cette commune, Lemroudj, à laquelle il a consacré un blog (www.lemroudj.blog4ever.com). Ce blog et les informations complémentaires données par R. Sebbah, ainsi que la consultation de quelques cartes m’ont permis d’esquisser cette mise au point sur la géographie historique et l’histoire du peuplement de l’une des régions longtemps restées les plus profondément rurales de la Petite Kabylie. A l’époque coloniale, les habitants de Draa Kébila étaient considérés comme appartenant à la tribu des Ait Lakhlaf, en mémoire de quoi, R. Sebbah a adopté le pseudonyme « Akhalfi ». Si le tracé même des deux principaux axes de circulation semble avoir existé avant 1962, ce n’est qu’après l’indépendance que s’est développé le réseau routier actuel, reliant tous les villages par des routes goudronnées, et par conséquent un trafic routier dont l’intensification ne fait que s’accroître d’année en année.

 

Le centre le plus notable du territoire actuel de Draa Kébila était depuis le 19e siècle un village perché du nom de Krima, doté d’un certain rayonnement culturel (mosquée ancienne et enseignement coranique) et économique (forge fournissant les agriculteurs en outils de fer). Ses habitants possédaient dans les zones situées en contrebas des terres et des prairies (murûdj en arabe). Depuis plusieurs générations, mais surtout depuis l’indépendance, le vieux village s’est progressivement vidé au profit de cette zone basse où sont transportés les habitats, créant une nouvelle agglomération à laquelle sont venus s’agréger des gens d’autres origines. Alors que l’ancien village en déclin ne comptait plus, au dernier recensement, que 525 habitants, la nouvelle localité, développée du fait de ce transfert et ayant assez naturellement gardé le toponyme d’Al-Murûdj dialectalisé en Lemroudj, en avait 2718. On conçoit quelles transformations des modes de vie a engendré la nouvelle répartition des habitats. Les fabrications traditionnelles, mêmes réputées, comme les tapis du Guergour, ont décliné. A plus forte raison, on a vu disparaître les poteries féminines traditionnelles, qui ne survivraient plus guère « que chez quelques vielles dames qui, de temps en temps, s’adonnent encore à la production d’ustensiles de terre cuite d’argile, comme jadis, mais par passion et parfois pour les offrir comme cadeaux à des nostalgiques d’objets du terroir ».

 

Un reportage photographique a été réalisé par R. Sebbah à Hammam Guergour où plusieurs commerçants vendent en grand nombre des céramiques récentes, tournées et glaçurées, aux couleurs vives, qui mériteraient de leur côté une étude. Fabriquées à Bougie, ou plutôt importées du Maroc et de la Tunisie, elles ont complètement remplacé l’ancienne vaisselle. Chez un jeune amateur d’objets anciens, Ali Kheloufi, qui habite Bouzelatène, un village limitrophe de Lemroudj, il a pu néanmoins faire d’excellentes photographies d’un très intéressant et très cohérent ensemble de poteries anciennes locales, décorées, et non décorées, que ce collectionneur a eu le mérite de rassembler. Elles donnent une bonne idée de ce que pouvaient être il y a quelques décennies (elles auraient au moins trente ans, ce que confirme Ernest Hamel qui estime qu’elles dateraient des années suivant l’indépendance) les productions jusqu’alors presque inconnues de cette région très reculée qu’était le Guergour. Il n’est pas sans intérêt de pouvoir présenter ici ce style particulier, dont Ernest Hamel fait remarquer qu’il rappelle celui de la vallée de la Soummam, mais avec un graphisme différent.

 

Il me semble que les moyens de communication actuels pourraient permettre, au moins dans un premier temps, de réaliser de petites enquêtes « à distance » semblables à  celle-ci, qui permettraient certainement de mieux identifier et distinguer des  « styles » locaux dont plusieurs sont encore peu ou pas connu, à condition évidemment  de trouver sur place des contacts intéressés. Une telle collaboration pourrait préparer d’ultérieures enquêtes de terrain sans doute encore  possibles en bien des endroits.                   Ecrit par : Pierre Guichard (professeur d'histoire à l'université Lyon II)

 

Nota/ Ce texte est tiré du livre intitulé « Par la main des femmes, poterie modelée du Maghreb », réalisé sous la direction du professeur Pierre Guichard et édité en 2015 par la « Maison de l’Orient et de la Méditerranée » et le « Musée des confluences » à Lyon, France. Pages 263 à 269.

 


03/04/2017
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Thala Nbouzelatène

Photo de Thala Nbouzelatène

 

Thala est un mot kabyle qui signifie la fontaine. Thala Nbouzelatène, c’est donc la fontaine de Bouzelatène. Cette fontaine est celle du village Bouzelatène, relevant de la commune Draa Kébila, Daira Hammam Guergour, wilaya de Sétif, Algérie.

 

Cette fontaine, si renommée pour son eau limpide d’un très bon goût, fraîche et abondante, n’est pas la seule source du village. Mais, c’est celle-là qui est très connue par tous les usagers qu’ils soient de Bouzelatène ou passagers.

 

Cette fontaine est située au bas du village, près de la route goudronnée, au lieu dit Thijounane (les petits jardins). Le surplus d’eau de cette source servait et sert encore à irriguer des jardins suivant un système de répartition ancestral. Dans ces jardins, leurs propriétaires pratiquent le maraîchage en été pour leur consommation familiale.

 

Cette importante source sort de la montagne qui surplombe le village Bouzelatène ; son eau coule sans arrêt dans trois tuyaux de dimensions 33/42 qui déversent dans un abreuvoir long de plus de six mètres. Lorsque l’hiver est rigoureux, ces trois tuyaux suffisent à peine à contenir toute l’eau de la source ; en tous cas, elle ne tarie jamais, même lorsqu’il y a manque de pluie et de neige.

 

Thala Nbouzelatène, alimentait les villageois en eau potable. Par le passé, les femmes venaient dans cette fontaine pour s’approvisionner en eau qu’elles transportaient à l’aide d’outres faites de peaux de chèvres ou de petits fûts  en bois portés sur le dos d’ânes (un de chaque côté). Les femmes lavaient le linge à la fontaine, l’étalaient aux alentour pour le faire sécher avant de le récupérer et de le faire rentrer à la maison.

 

La fontaine Nbouzelatène servait également, jadis, à abreuver les animaux domestiques  possédés par les villageois (bovins, caprins, ânes, mulets, chevaux, etc). C’était aussi, un lieu de rencontre, de discussion et d’échange d’information pour les femmes et les jeunes filles notamment. Les hommes étaient autorisés à venir s’approvisionner en eau ou abreuver leurs animaux domestiques avec un grand respect envers les femmes.

 

Bref, Thala Nbouzelatène avait participé et participe encore à faire le bonheur des villageois de ce petit bourg ; car bien que les maisons sont actuellement raccordées au réseau public communal d’alimentation en eau potable, l’eau de cette source demeure indispensable tant pour boire, cuisiner que pour satisfaire d’autres besoins. Cependant, elle est moins fréquentée qu’avant malgré les aménagements apportés récemment pour l’embellir et la rendre plus attractive.

 

Ecrit par Rachid Sebbah.

 


03/04/2017
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Bouzelatène

Village Bouzelatène (photo du 16 avril 2017)

 

Bouzelatène est un des nombreux villages de la commune de Draa kébila non loin de Lemroudj.

Il est implanté sur le versant sud du Mont fekkath. Il est entouré des villages : Lemroudj, Ithaali Ouathmane, Takliath, Aghmarth et Izavachane.

 

Les habitants de Bouzelatène, à l'instar de ceux des autres agglomérations de la commune, vivent surtout du produit de l'activité agricole et des revenus transférés par les émigrés. Nombreux ceux qui ont quitté le village pour s'installer ailleurs. Beaucoup de vielles maisons sont carrément abandonnées.

 

Par le passé on y trouvait des huileries artisanales pour le broyage des olives de la région. De ces dernières, ne subsistent que certaines traces notamment les grandes roues en pierre taillée.

 

Ce village est alimenté en eau potable à partir de la miraculeuse fontaine de Thijounane. Le débit de celle-ci est très important à tel point que le surplus servait à irriguer les parcelles situées plus bas. Les propriétaires de ces parcelles cultivent en été les produits maraîchers nécessaires à leur alimentation

 

Une autre fontaine d'un débit moindre que la première contribue à alimenter les foyers en eau potable. Elle s'appelle "thaawint".

 

Auteur : Rachid Sebbah

 


28/03/2017
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